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'faut qu'j'te dise...

De la fuite dans les idées


20 mars 2006

Débobinette

Depuis hier, c'est le Printemps du Cinéma, 3€50 la place, ça vaut le coût, d'autant que comme l'a dit André Asséo dans Cinéfilms, "les recettes vont être bonnes, j'en suis persuadé, il fait à peu près beau partout, ça va être formidable". Ca doit être son côté gothique, la fréquentation des salles obscures dès que le soleil se pointe...


Printemps ou pas, j'avais prévu d'aller voir La Nuit du Chasseur de Charles Laughton (1955), et j'ai même accepté d'être accompagnée (!) par un pote qui avait passé avec succès trois épreuves de films "différents" :
    1. Le premier, à moindre risque, Garden State** de Zach Braff (2004)
    2. Puis, plus osé, The taste of Tea*** d'Ishii Katsuhito (2003)
    The taste of Tea, une sacrée bande de zinzins

    3. Et enfin n'importe quoi avec La Vie aquatique** de Wes Anderson (2003)


Nous sommes donc allés au Champo, ce qui nous a donné l'occasion de saluer des hommes, des vrais, à la démarche de cow-boys, mais manifestement désoeuvrés par le calme inhabituel du quartier (des CRS, quoi).

Alors pour La Nuit du Chasseur, je mets ****.
Et mon pote a bien aimé aussi, youpi :)

C'est techniquement assez bordélique, un peu de tout, mais brassé avec beaucoup de finesse : noir et poétique, enchanteur et angoissant, cynique et plein de bons sentiments, un scénario bien foutu, une photo qui rend quelques scènes marquantes, et une distribution à laquelle je n'ai rien à redire (au cas où on m'aurait demandé mon avis...).

Robert Mitchum n'est décidément pas un petit joueur, vraiment inquiétant, 'paraît que Don Diego 2000 en prendra de la graine.

Surtout, j'ai été troublée par la présence de la fille cachée d'Elvis, Sally Jane Bruce, petite fille ni jolie ni laide, juste bizarre, comme on n'est pas habitué à en voir.

Je tiens à préciser - même si ce n'est pas dans mon intérêt - qu'il n'est pas franchement recommandé de le voir avec un enfant, à moins de vouloir remplir les cabinets de psy : ils vont se pisser dessus. Uh Uh. Non, sérieusement, j'ai lu dans le Glamour d'Avril 2006 que c'était le film culte de Laura Smet, "C'est mon premier souvenir cinématographique car c'est mon père qui me l'a montré. J'ai eu très peur" (p°101). Bravo Johnny !

Dommage que ç'ait été un flop à sa sortie, ce premier film est aussi le dernier de Laughton en tant que réalisateur.


En me renseignant sur lui, justement, j'ai appris qu'il avait été un des profs et mentor d'Al Pacino, avant que ce dernier ne soit enfin admis à l'Actors Studio.
Parmi les acteurs qui ont pu bénéficié de l'enseignement de la Méthode , il y a aussi Marlon Brando et Robert de Niro...
Evidemment, je pense au triptyque de Francis Ford Coppola Le Parrain. Et tu sais quoi ? Le père d'Al Pacino est né à Corleone, en Sicile, comme Vito Andolini, rebaptisé Vito Corleone de l'autre côté de l'Atlantique à Ellis Island. Dingue, nan ?!

Marlon Brando, là ou dans Un Tramway nommé Désir*** d'Elia Kazan (1950), j'avoue que je ne le trouve pas fascinant. Bon, ne me jette pas des cailloux, j'analyse le ciné en dilettante et de façon très subjective. Il joue très bien, certes, mais voilà, quoi.

Alors que De Niro, surtout à ses débuts, je le trouve époustouflant. Ok, j'ai pas vu tous ses films, loin de là, mais rien que deux de ses collaborations avec Martin Scorsese - je pense à Taxi Driver**** (1976) et à New York, New York**** (1977) - m'ont vraiment impressionnée.
Et dans Le Parrain, deuxième partie**** (1974) que je n'ai vu que très récemment, j'ai encore été frappée par la qualité de son jeu. Il joue Vito Corleone jeune, après que Marlon Brando l'ait joué vieux, dans la première partie.
Je me demande si c'est De Niro qui a étudié le jeu de Brando pour se couler dans la même veine et donner une unité remarquable au personnage (la voix, l'accent, bien-sûr, mais aussi les expressions du visage, la façon de se frotter la joue par exemple) ou s'ils ont tous les deux été dirigés très précisément et de la même façon ? Est-ce que ça aurait un rapport avec le fait qu'ils ont eu la même prof Stella Adler ?

Al Pacino aussi, comme c'est original, je le trouve admirable. Son jeu "rentré", contenu, donne toute sa profondeur au personnage de Michael Corleone, et le contraste avec Scarface*** de Brian de Palma (1983) montre que c'est vraiment un rôle de composition.
On ne peut pas être con quand on joue si juste.

Et puis à part pour Le Parrain, troisième partie (que je n'ai pas encore vu), la musique est signée Nino Rota, le grand pote de Visconti et surtout, de Fellini... décidément, je ne pouvais qu'être séduite.
Dire que j'ai rechigné à voir ces films parce que je croyais que c'étaient des films pour mecs, impressionnants de violence et rien d'autre. Ah la la...


Comme on n'se refait pas, à l'aveuglette, j'ai persisté à faire des choix de "fille", et j'ai lu Feder, le mari d'argent*. J'ai envie de dire :

"Dis donc Stendhal, tu t'foutrais pas un peu du monde ?"

Pfff, c'est bâclé, niais, et même pas fini ! Mais ça, c'est la faute à Gallimard, c'est pas parce que c'est un Folio à 2€ qu'il ne faut pas prévenir que la fin, ben 'y en a pas.

Toujours aussi bêtement, je me hâte de finir le recueil de nouvelles Journal d'un homme trompé de ce sale type qu'est Pierre Drieu la Rochelle, mais ça, j'étais prévenue : j'ai déjà lu Gilles**, j'avais pas aimé, un simili d'Aurélien**** d'Aragon, mais où l'égocentrisme et la misogynie de l'auteur transparaissent beaucoup trop souvent.
Et je ne dis pas ça parce que Drieu est devenu fasciste et collabo : c'est pas parce que je trouve que Voyage au bout de la nuit**** est un petit bijou que j'apprécie l'homme Céline.
Pour la peine, je ne lirai pas Le Feu follet, j'irai le voir. En plus, je kiffe grave Jeanne Moreau :)


Fourré dans "Ciné, quoi, nonne !" et éventuellement dans "tu sais lire ?!"


10 Comments:

Le p'tit bleu de Anonymous Izard...

Je repense à l'article sur la "bonne méthode" pour trouver le partenaire-de-couple-qui-va-bien.

C'est pas mal, non comme approche, celle des films que tu as fait voir à ton pote. Bon, aucun ne sont pourris (et même ce sont 3 bons films, je trouve). Mais le Champo, cela tient au grand Risque.

Si si. C'est ma méthode à moi, le Champo :
J'y ai emmené qq'un, un dimanche matin, pour voir Chuking Express (l'un de mes films préfés, avias-je cru bon de préciser une bonne 30aine de fois), il y a bien 5 ans. Je passe sur la qualité générale du cinéma, pour une personne habituée aux grandes salles parisiennes. Bobine usée, bobine cassée et au final bobine brulée et scénace foutue après 15mn de film. S'en est suivi un étrange moment où la caissière-ouvreuse (la petite vieille russe, je ne sais pas si elle travaille toujours au Champo) a expliqué aux 7 sepctateurs... quelque chose que personne n'a jamais compris. Mais dans le doute, les 5 autres spectateurs se sont rangés devant la caisse en espérant être remboursés, pendant que nous deux nous sommes parti prendre un petit déj en face du Luxembourg.

C'est pas de l'épreuve, cela ?

Bon, je ne sous-entends rien pour ton pote (comme tu dis), mais l'idée est bonne, non ?

23:37  
Le p'tit bleu de Blogger La gReLuChe...

Là, c'est un peu l'épreuve finale, hein, le final cut :)

J'ai déjà vu un film en dentelle, c'était à l'Accattone je crois ("Allemagne : année zéro", de Roberto Rossellini (1947)), et depuis, je fais toujours gaffe à m'assurer de la bonne qualité de la copie, genre si le film est programmé en même temps que la sortie DVD, c'est jouable.
Ah, "Liebelei" aussi, de Max Ophüls (1932), n'était pas en bon état... au Champo.

J'avoue qu'une des raisons pour lesquelles je me fais des cinés toute seule, c'est pour ne pas me soucier que la personne qui m'accompagne aime/ne m'en veut pas/n'a pas mal au dos/peut ranger ses genoux/ne mange pas de pop corn !

Bref, ton idée n'est pas mal, c'est sûr que quelqu'un qui partage mes goûts et mes prises de risques marque des points, mais je ne cherche pas non plus mon alter ego, j'suis déjà assez chiante et compliquée toute seule !

23:58  
Le p'tit bleu de Anonymous Izard...

Nan, je parle pas d'un alter-ego : je n'ai jamais réussi à lui montre Chuking Express, au final, par exemple. Mais le fait que ce qq'un est braver tout cela... pour moi, je veux dire, ben c'est important.

Les cinés en solo, j'ai du mal à appréhender comme concept. Mais dans ton cas, cela me semble différent car tu as l'air d'une vrai cinéphile (TM).
Et Chuking Express a mis TRES longtemps à sortir en DVD.

00:08  
Le p'tit bleu de Blogger La gReLuChe...

Oui, j'comprends, c'est le début du partage, des petites concessions, des découvertes inattendues, de la fondation d'un p'tit monde à deux avec des papillons :)

J'ai pas vu "Chunking Express", je n'avais jusqu'ici jamais entendu parler de ce Wong Kar-Waï, que Jean Tulard, dans son Guide des films juge ennuyeux, mais peut-être était-il à la même séance que toi ;)
En tout cas, à l'occasion, je serais curieuse de le voir... espérons que ce n'était pas la seule copie en France !

00:55  
Le p'tit bleu de Anonymous Izard...

Je n'émets pas d'objection à avoir les mêmes goûts que Tulard et ses petites mains (ou plutôt petits yeux), mais on a déjà fait plus humain ou plus cinéphile comme référence sur le cinéma que leur "Guide des Films", non ?

'y a combien de films de référencés dans ce livre ? 10 000 ? 12 000 ?

07:30  
Le p'tit bleu de Blogger La gReLuChe...

Un tue-l'art, ce guide... plus de 15 000 références !
Je m'en sers comme un guide : deux films me tentent, un sans étoiles, l'autre avec ****, eh bien j'irai voir le **** pour peut-être lui en attribuer moins.
Ca ne m'empêche pas d'en voir des moins biens côtés, mais en dvd alors (moins cher que le ciné).
Et j'y ajoute au bic les films récents ou non référencés.

Quand je veux confronter mon avis de pseudo-cinéphile à celui de vrais professionnels, je prends le "Dictionnaire du cinéma" de Jacques Lourcelles, je fréquente le ciné-club de Jean Douchet, j'écoute "Au cinéma l'après-midi" sur Culture (et je me marre), je vais à la Cinémathèque Française (ou au Forum des Images avant), parfois je m'invite à des avant-premières "en présence de...", j'aime bien aussi consulter les Cahiers du Cinéma, etc.
Je ne suis pas toujours d'accord avec tout ce petit monde, évidemment :)

En tout cas, si tu as quelques conseils pour former mon petit cerveau, n'hésite pas !

09:42  
Le p'tit bleu de Anonymous Mikk...

Voilà un blog qui vaut le coup ;-) de s'y attarder ... Bravo à toi !
Mais qu'il n'y ait qu'un seul tiroir ce n'est pas très commode :D

Bon, j'ai adoré ta guerre des boutons et le reste. Et hop une greluche dans mes favoris

10:54  
Le p'tit bleu de Blogger La gReLuChe...

Moi qui pensais que les commentaires allaient titiller mon côté maso, v'là qu'on m'fait des compliments, wouahou :)

Du coup, j'vais me remuer les méninges pour mettre au point mes tiroirs, ça me paraît aussi faisable que du tarama s'initiant à la danse classique. Patience...

19:48  
Le p'tit bleu de Anonymous Cléo...

Alors pour moi tu t'en fichais hein de tes tiroirs???? Bou!

20:14  
Le p'tit bleu de Blogger La gReLuChe...

Oh la relou ! Toi, Cléo, si tu continues, j'vais t'envoyer au pâtre, ça va pas traîner.
La jalousie, c'est mal.

En attendant, j'suis pas prof de danse classique, donc les tiroirs, c'est pas gagné, et en plus, j'm'ai rendu compte que dans une même note, je mélangeais les thèmes, c'est n'importe quoi !

Bref, priorité aux nouvelles notes, et quand j'aurai dégoté le "Guide de la greluche apprentie geek", gna gna gna gna gna gna gna (j'ai la flemme de finir la phrase).

File dans ta chambre >o

20:34  

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