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'faut qu'j'te dise...

De la fuite dans les idées


05 mai 2006

Les p'tits mots d'où ?

'Y a des fois, comme par enchantement, on se surprend à vivre en chantant.
Certains sont si surpris qu'ils se prennent pour le nouveau Phoenix des hôtes de ces bois et souhaitent à tout prix se faire ridiculiser repérer par un jury moyen enchanté en fait, persuadés qu'ils sont de pouvoir chanter en vivant (alors que la vraie performance serait de chanter en mourant).

Quand on a négligé ou oublié une vocation laissant croire à un succès fulgurant et puis plus rien auprès de la ménagère de moins de cinquante ans collée à sa télé (mais moi, je crois encore en l'homme, en la femme en l'occurrence, et je sais bien qu'elle n'est pas affalée devant sa télé toute la journée, non, c'est juste qu'elle a oublié d'éteindre son boîtier Médiamétrie et pis voilà), on peut s'en remettre, et continuer à chantonner la BO de sa vie, cette petite musique qui nous trotte dans la tête depuis je sais plus quand, attends, ah si, oui, c'était quand j'suis allée acheter du lait au supermarché, 'y avait U2 "I can't liiiive, with or withoooout you, ouuuuuhouhouhou, ouuuuhouhouhouh ouh ouh".
U2, c'est pas forcément la musique qu'on préfère avoir dans la tête, mais c'est quand même mieux que "U-U, les nouveaux commerçants !" ou "Carglass ré-pare, Carglass rem-place", nan ?

La p'tite musique peut ne faire que passer, 2 minutes, un quart d'heure, ou s'installer pour la journée, voire pour le trimestre.
Si trop, c'est trop (pico, oui, comme ça, c'est fait), on peut essayer de déloger l'indésirable en se forçant à en chantonner une autre qu'on préfère, comme "Oh you can't stand me now, you can't stand me now, you can't stand me now, you can't stand me now, oh you can't stand me now, you can't stand me now, you can't stand me now, YOU CAN'T STAND ME NOW !" de feu les Libertines, toute aussi lobotomisante, avec le même message désespérant, mais choisie, donc mieux tolérée.

Et puis il y a des musiques ancrées dans notre cerveau depuis si longtemps qu'on n'en a même plus conscience, c'est un peu comme notre langue, là, le bout de chair qui occupe toute notre bouche. Bon, si on n'y pense pas, on n'y fait pas attention, elle peut faire ce qu'elle veut, on s'en fout, tout est question d'âge et de limites, il est important d'en avoir préalablement parlé avec elle :
  • d'accord ou pas pour lécher les vitres (limite fixée vers 3 ans),

  • d'accord ou pas pour mâcher les chewing-gums consciencieusement récoltés grâce à une technique de décollage dont le secret est jalousement gardé, mais 'y a des p'tits cailloux qui restent collés quand même, c'pas grave, ça fait des crispy chouinegommes (limite fixée : allez, 6 ans)

  • d'accord ou pas pour sucer les cartouches d'encre, et faire, selon la couleur choisie, pipi bleu, pipi vert ou pipi rose (limite fixée : 10 ans ?)

  • d'accord ou pas pour introduire sa langue dans la bouche de, tu sais, c'est un secret, mais, tu crois que... tu veux pas aller lui demander ? (limite fixée : ça dépend des gens).
Bref, 'y a des p'tites musiques qui nous suivent partout comme notre langue, et sur lesquelles Freud pourrait peut-être nous éclairer avec sa Psychopathologie de la vie quotidienne. Par exemple on peut être rempli du Carmen de Bizet dont on bat la mesure sans s'en rendre compte, mais on est capable de l'écrire sur son blog parce que plusieurs personnes nous le font régulièrement remarquer.


Il y aussi une autre sorte de petite musique, presque mélodieuse, c'est la réplique.
On nous parle, il se passe un truc, et bim tac, la réplique s'impose, attendue, pas attendue, tout dépend d'où elle nous vient et si on la dit souvent.

Si on a des références mystérieusement rescapées d'un bide des années soixante-dix, et qu'on nous dit "Comment ça va ?", la réponse va être irrépressible : "- Comme-ci, comme-ci, comme-ci, comme-ci, comme-çaaa" (le succès a été court pour The Shorts).
C'est probablement l'illustration des dégâts que peut causer l'utilisation libre du mange-disque orange par un enfant saoulé de Bibi Phoque, Niels Olgerson et Chantal Goya, et qui trouve, là, au fond de la caisse, le 33 tours des Forbans, de CloClo et donc aussi des Shorts (les p'tits bras de la douce enfant ne lui on pas permis d'attraper ceux de Michel Sardou et de Frédéric François, tout en-dessous).
Dans cette situation, la probabilité de faire à son tour un bide est considérable (tiens, une idée de thérapie-régime à mettre au point : arrêter les bides permet-il d'en perdre ?)

Une grande championne du lavage de cerveau par la réplique, c'est la pub. Pour avoir grandi avec la télé (je pense être un phénomène rare), mais ne la consommant dorénavant plus qu'occasionnellement, j'ai trop souvent l'impression d'avoir des références depuis longtemps rattrapées par d'autres bien plus récentes chez les télévores. Et là encore, c'est le bide assuré.
Illustration : j'arrive alors que quelqu'un termine la réalisation de quelque chose, je trouve ça vraiment bien, ou alors bof, eh ben avec un ton ironique ou non, je vais forcément dire "Super chouette ! Comment vous faites ?" (ce qui est très con à dire à un enfant de 4 ans qui vient d'étaler son kinder fondu sur la belle nappe blanche de Maman).
Et ça me fait rire - au moins intérieurement.

Sinon, on peut être plus ou moins poreux aux répliques de films. 'Y en a qui connaissent par coeur des dialogues que, même s'ils sont tout droit tirés d'un film que j'apprécie beaucoup, je ne reconnaîtrais pas. Sauf les leitmotivs, je les retiens, et forcément, je les inclus dans le cinéma de ma vie. J'ai par exemple souvent recours au fameux "Qu'est-ce que j'peux faiiire ? J'sais pas quoi faiiire..." d'Anna Karina quand je m'ennuie et que j'ai sournoisement envie d'être contagieuse.

Et alors quand j'suis toute seule, à force, j'me parle. Ou plutôt je baragouine en tricotant du franco-anglo-italien qui ne veut rien dire, mais l'essentiel, c'est qu'ça m'chante.
Quand il fait chaud, forcément, je m'exclame "Questa Calda !", si une rencontre réoccurre (oui, parfaitement) en un laps de temps très bref, il y a du "Ancora Marcello !" dans l'air (au générique de début d'un Fellini, Otto e Mezzo je crois), tout ça inclus dans un anglais à l'accent cockney-texan fort prononcé pour plus de plaisir (ou français sans le savoir ;)
Inquiétant pour certains : si j'me sens toute mollassone Pepiti-Pepito et que je croise mon regard dans un miroir, je vais m'adresser à moi-même : "T'as un proooblème ?!" style racaille-De Niro-you're-talking-to-me ?!
Je répète la manip' trois-quatre fois, et voilà, je me marre, la greluche est repartie.

Tout ça, c'est en général.
S'y ajoutent toutes les évocations suscitées par des inhabitudes quotidiennes.
Si la serrure de la porte d'en bas refuse notre clef depuis deux semaines et qu'on est obligé de sonner chez la voisine - seule proprio à bord, en s'excusant mille fois de déranger (pour un truc que si elle, la voisine, elle étudiait sérieusement, il serait résolu par la venue d'un serrurier), il peut arriver de chantonner "et si en plus, 'y a personne", de Souchon.

Ah bah dis donc, c'est enfin fini !
Bon, toi alors, c'est l'Top 50 dans ta tête ? (et v'là l'générique du Top 50 qui déboule tu tu tu tulu tu tu tu tu tu tulu tututu)


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01 mai 2006

Exercice de style ('y a du boulot)

Lors de mes déambulations quotidiennes, j'ai l'occasion de traverser des quartiers très différents :
- le lundi, c'est Saint-Sulpice et Les Grands Boulevards
- le mardi, c'est Gambetta et Place des Ternes
- le mercredi, c'est Strasbourg-Saint Denis et Cadet
- le jeudi, c'est Belleville et les Halles
- le vendredi, encore Cadet et le Quartier Latin
- le samedi, c'est Champ de Mars
- et dimanche c'est où je veux.

J'aime bien ça, c'est une façon de faire du tourisme à Paris - une forme de tourisme assez spéciale, certes : je visite les boulangeries, les pharmacies, les supermarchés, les conservatoires de musique, les salles de danse, les jardins publics, les centres sociaux et... les stations de métro quand il le faut.

C'est un bon moyen de faire de drôles de rencontres.
Attention, je n'y range pas les entrées en matière charcutière à base de "T'es bonne", de "Eh, bébé, tu viens avec moi ?", de "On peut parler un peu ?" ou même les "Vous êtes charmante, mademoiselle" et autres "Très mignonne", interpellations qui nécessitent une réponse stratégique toujours appropriée pour éviter d'entendre hurler un petit "SALOPE !" ou "GROSSE PUTE", très faciles à porter.

Cette semaine a été l'occasion de deux rencontres de hasard.

La première, c'était mercredi soir. Alors que j'arrivais au Grand Rex (que je voulais longer pour descendre vers la rue Montorgueil) j'ai reconnu l'attroupement des grands jours. Rapport à la promo éclair de Tom Cruise ? Pas sûr : la foule n'est pas banale, beaucoup d'Indiens, malgré la proximité du Passage Brady et alentours. Je demande alors à l'un d'eux ce qu'il se passe : c'est la sortie du film Veer-Zaara, et tout le monde attend les acteurs superstars.
Je serais bien restée, c'était chouette, mais j'avais rendez-vous plus loin...

Autre rencontre alors que je sortais du métro Château d'eau : Norbert me tends une petite plaquette que je connais par coeur, et je lui dis "Non merci, je n'en ferai rien" avec un grand sourire (il est sympa Norbert). C'était une promo chez un des coiffeurs afro de la rue. "- Mais si, réplique-t-il, tu peux te faire des rajouts ou des tresses, ce serait joli !". Je suis sceptique, et je m'en vais chercher une petite au Conservatoire du Xème... il me suit, tchatche à fond, ça me rappelle le Burkina Faso :)

Du coup, je me suis amusée ici et ...
Si j'étais noire, quelle tête j'aurais ?
Et quelle coiffure je choisirais ?



La top classe sophistiquée



ou



la 80's funcky Jackson touch ?







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28 avril 2006

Crash test : try again

Hier soir, toujours en rade de quoi que ce soit d'intéressant - et de décent - à te dire, j'ai entendu une voix. J'ai éteint la radio, et plus rien. Mince, j'm'imaginais déjà (pas mince, non, je laisse Martin lutter pour des rêves qui en valent la peine) me voir proposer de faire une pub pour de l'eau (et de l'argent) en mettant mes chaussettes ou mes bas (allez, trois googleurs vicieux tombés dans l'panneau, trois !).
Après cette grosse déception, j'ai inspiré un grand coup, et l'inspiration m'est venue : "Ma p'tite greluche, 'y a un film majeur que t'as pas vu, un film d'actualité, tout juste sorti en dvd, alors tu vas arrêter de snober les trucs dont tout le monde parle, tu vas bosser un peu". Direction le videoclub, et ô miracle, le dernier exemplaire m'attendait là, sur son étagère "Nouveautés". La poisse, j'allais donc devoir le regarder...

Une demi-heure plus tard, débarbouillée, crémée, pilule avalée, pyjama enfilé, et l'infusionnière à portée de main, je me glissai dans mon lit pour assister à une séance privée de Collision de Paul Haggis (2004), ou vingt-quatre heures de la vie d'une quinzaine de personnes suivies rétrospectivement à l'occasion de l'enquête sur un meurtre à Los Angeles.

J'te promets, j'avais réuni les meilleures conditions pour passer un bon moment, mais la pilule n'est pas passée (j'ai laissé mon gynéco tranquille : l'oeuvre n'étant pas très féconde, j'pense pas qu'il y ait risque de grossesse, ouf).

C'est quoi mon problème ?
C'est le sujet, ou plutôt la façon dont il est traité, dans le fond et dans la forme.
Ou c'est que je n'ai rien compris au film, auquel cas n'hésite pas à m'expliquer ce que j'aurais dû comprendre pour y voir un chef d'oeuvre.
Le thème central, c'est la peur de l'autre, et particulièrement de l'étranger. Le racisme, quoi, mais pas comme idéologie, plutôt comme forme de pensée acquise suite à de mauvaises expériences ou pire, par intériorisation d'idées-reçues trop souvent entendues.
Belle idée, qu'Haggis présente sous la forme d'un chassé-croisé entre les plus beaux spécimens du melting pot américain, la foire aux "minorités" (le sont-elles vraiment aujourd'hui ?), avec une thèse hallucinante par son opposition au fameux manichéisme américain : il n'y a pas des gentils Blancs et des méchants Benetton, non, c'est plus compliqué, en vrai, si on réfléchit (au moins 3 minutes 40), les parts d'ombre et de lumière coexistent en chacun de nous - le cinéphile expérimenté remarquera la subtile photo, sombre quand c'est pas bien, et d'une blancheur émail diamant quand il faut légèrement surligner en gras le "très bien, pourrait pas mieux faire".
La morale de l'histoire, comprise au bout de dix minutes grand maximum, c'est "A bas les préjugés raciaux". Mais comme le réalisateur veut être sûr de faire passer ce message à caractère de révélation, vas-y que j'te le dis et redis, à la sauce blanche, noire, latino, orientale, asiatique, assaisonnée d'hommes et de femmes, de petits, de grands et de vieux, de riches et de pauvres, de bien-portants et de malades. Saler, remuer, c'est prêt !
C'est indigeste.

Si dénoncer un problème d'une telle envergure est important, il faudrait aussi pouvoir apporter des pistes de réflexion, à défaut de solution toute prête.
Là, ce qu'on nous dit, c'est que étranger = peur = instinct de défense = attaque potentielle (intimidation) = humiliation = colère = erreur de jugement = paranoïa = peur, et c'est reparti pour un tour, jusqu'à c'que ça explose.
Alternative observée : la résignation, qui ne suffit pas toujours à apaiser la haine.
Et donc ?
A part un manteau pare-balles magique, je n'ai rien vu qui puisse désamorcer cette petite bombe à retardement.
Pas même la proposition, certes banale mais que je crois efficace, du dialogue.
Forcément, l'homme a peur, il a toujours eu peur et il aura toujours peur, à commencer de ce qui le menace directement : l'autre lui, le différent. L'Autre, c'est celui qui l'oblige à sortir de soi-même, à s'éloigner de son cocon "moi-même", avec le risque (pour les plus trouillards) de ne pas pouvoir retourner à soi (de mourir, quoi)... Bonjour l'angoisse.
C'est pour ça que les personnes qui cherchent à s'intégrer à tout prix, les résignées, ne sont pas forcément les mieux loties : pour elles, s'intégrer c'est se désintégrer.
Non, l'intégration ne doit pas être orientée vers un lissage à tout prix qui entraîne la méconnaissance de l'autre, mais vers une harmonisation des différences, une reconnaissance qui passe par le dialogue. Et pas seulement les mots, la paroles : le film présente un bel éventail d'insultes ethniques en tous genres qui n'amènent pas à mieux se connaître...

En s'arrachant les cheveux (je suis chauve, maintenant, c'est malin), on peut deviner la métaphore de la fermeture et de l'ouverture à travers les scènes de changement de serrure : la peur du "Perse", et aussi de la riche Blanche pousse à se fermer au monde extérieur et empêche d'entendre la bonté de l'autre (le serrurier qui lui conseille de changer sa porte) ce qui aboutit à l'effraction, alors que l'ouverture à l'autre (la porte tantôt ouverte, tantôt fermée, par l'un et l'autre) permettrait d'apaiser le climat de tension et de mieux vivre ensemble.

Plus évident (?), le parallèle entre la scène de l'accident de voiture de la femme du réalisateur de série pour Noirs, où vient tenter de la sauver le même policier qui, la nuit passée, l'avait fouillée de façon humiliante lors d'un contrôle routier, et les relations américano-irakiennes : après un embargo irakien interminable orchestré par les Etats-Unis, ceux-ci attaquent le pays de Saddam Hussein et arrivent en libérateurs (pas trop tôt) d'un peuple jusque là démuni à cause d'eux.
Doit-on comprendre que la "race" déterminera les relations humaines tant que l'homme s'y soumettra, comme le dictateur a tenu le peuple jusqu'à ce qu'il s'en soit libéré ?
Alors comment se libérer du racisme ?

Le problème est complexe, et le tort d'Haggis, à mon avis, est d'avoir souhaité le traiter de façon quasi exhaustive le temps d'un film.
Ce format est beaucoup trop court, il ne permet aucune analyse en profondeur, et c'est finalement en voulant égratigner les préjugés xénophobes qu'il se retrouve à réaliser une caricature de chacun des personnages, à forcer le trait (craignait-il d'être accusé de racisme s'il n'exagérait pas énormément toute scène d'altercation interculturelle ?).
La très bonne intention de départ n'est pas assez creusée, et malgré des efforts de forme, des idées intéressantes, le film ne tient pas debout, on n'y croit pas.
Par exemple, le côté chorale de tous les personnages dont on fait trop vite le tour, que l'on quitte, que l'on retrouve, que l'on quitte à nouveau, que l'on retrouve finalement, cette construction rythmique aurait pu maintenir le spectateur intéressé, mais le rythme est monotone, et on finit par s'ennuyer à force de voir se répéter le même scénario dans toutes ses déclinaisons culturelles possibles.

Autre point gênant : la violence du film. Non pas que la violence soit un problème pour moi, si elle a un sens, pourquoi pas. Mais là, les quelques scènes de violence sont "réparées" après-coup, ce qui fait qu'on ressent toute la violence d'une scène qui n'est pas seulement suggérée, et qu'une fois le sentiment d'horreur suscité, on apprend que c'était une feinte, tout le monde va bien (sauf pour le meurtre central) :
  • la Blanche qui échappe à la tétraplégie suite à sa chute d'escaliers,
  • la Métisse sauvée in-extrêmis d'un accident de voiture,
  • la fillette même pas touchée par une balle tirée à un mètre d'elle,
  • l'Asiatique fauché par un 4x4 et qui s'en sort bien.

Haggis n'assume pas ou quoi ?

A cela s'ajoutent des plans proprets comme une série du dimanche après-midi, et une musique mal appropriée : le mélange d'inspirations traditionnelles, orientales, sirupeuses accompagnant des scènes dramatiques pourrait être un exercice de style, mais trop, c'est trop, ça fait penser aux novelas alors que ce n'est manifestement pas le genre de la maison.

En somme, c'est un film de scénariste qui a trouvé LE thème salvateur pour séduire une Amérique engluée en mal de rédemption.
Le racisme, c'est le Mal.
Et j'ose le reprocher (par contre, je ne fais pas de croche-pieds aux vieilles dames).

Non, franchement, n'aurait-il pas été plus intelligent de faire un film à partir d'un très bon scénario, avec un réalisateur moins scolaire, et au casting comme dans la vraie vie : multi-ethnique (je ne parle pas de quotas) ?
Si les producteurs osaient faire ce grand saut, les acteurs de toutes origines auraient droit à autre chose que des rôles dont la condition première est la couleur de peau. Et l'image ferait reculer la xénophobie.
Au lieu de ça, on a un film sur le racisme, avec un casting hors du commun, qu'il fallait oscariser parce que quand même, c'est gonflé (quoiqu'il manquât des Vahinés).
Alors oui, je suis déçue d'avoir vu ce film, je pensais qu'un Oscar, c'était une récompense artistique et pas politiquement correcte.
Mon évaluation : Collision* (j'en aurais peut-être mis une deuxième si on n'avait pas fait tout ce raffût)

Pour couronner le tout, j'apprends que Paul Haggis est le scénariste de Million Dollar Baby, Oscar 2005. Je ne l'ai pas vu, je projetais de le faire, je ne sais plus : je n'ai entendu que de bonnes critiques, mais me voilà à mon tour avec un a priori négatif... je devrais sans doute ouvrir le dialogue avec :) .


[article daté du jour de conception et non du jour de ponte]



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27 avril 2006

"Tu causes, tu causes, c'est tout c'que tu sais faire"

J'aurais bien aimé écrire un truc pour toi ce soir, mais je n'ai rien d'intéressant à dire.
Si tu rétorques que rien d'intéressant n'a jamais été écrit sur mon blog, tu me navres : c'est l'évidence même (de l'art de couper l'herbe sous le pied).

Sauf tes commentaires, ils sont vraiment très intéressants.
Dès que quelque chose d'affolant traverse ma tête ou ma vie, je t'en fais part, n'aie crainte.
Il sera alors peut-être question d'ourlet à faire, de verrue plantaire ou que sais-je, de jus d'orange renversé... tout arrive à qui sait attendre.

Sur ce bien l'bonsoir, j'ai passé une super trop bien soirée avec deux personnes que j'apprécie inversement proportionnellement au nombre de fois où l'on s'est vus, je suis repute de plaisir et je vais faire de beaux rêves.


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23 avril 2006

Carnet de voyure

Ca faisait belle lurette que tout le monde m'en parlait, et j'ai fini par le voir ce film. J'ai mis l'temps : j'aime pas me sentir forcée, forcée de le voir, forcée d'aimer, forcée d'en parler.

Je l'avais trouvé oublié sous le lit de mon frère, je sais qu'il avait adoré, il m'avait déjà dit "il est excellent ce film, vraiment, il faut que tu le voies, j'te l'prête, tu m'le rends quand tu veux". Alors je l'avais oublié un peu exprès.
Mais la semaine dernière, il n'y avait personne. Sauf Newton, mon frère à poils, mais il ne parle pas, c'est le chien-chien à sa Maman (et à la mienne aussi).
Alors je l'ai pris.
Et puis hier soir, comme un samedi soir, un peu fatiguée d'avoir joué à l'homme préhistorique dans le bac à sable, j'me suis souvenue que non, il ne me restait pas qu'à dormir, que je pouvais très bien enfin voir ce film. C'est moi qui ai décidé, et ça a suffi à faire voler les a priori négatifs :).

Bon, la greluche, tu t'grouilles ? C'est quoi ce film ? >o

Ce film, c'est Carnets de voyage de Walter Salles (2003). Généreusement, je lui mets **, mais j'en décrocherais presque une. C'est un beau film, road-movie d'apprentissage, l'Amérique Latine est belle, les gens sont gentils, les deux héros - Fuser (le futur Che) et Granado (le bouffon) - sont attachants de maladresse, d'humour et de bienveillance, MAIS.
Mais les bons sentiments ne suffisent pas à faire un film de grande qualité. On donne à voir, mais on n'y dit pas grand chose. J'ai eu l'impression que Salles s'était contenté de raconter ce qu'il avait pu lire dans les carnets d'Ernesto Guevara (que je n'ai pas lus), comme si le "pour de vrai" allait donner toute sa profondeur à un scénario quasi documentaire.

On reproche parfois un certain parti pris aux films inspirés de faits réels. Pour peu que cette partialité soit clairement annoncée, voire que le réalisateur se montre ouvert au débat, ce qui finalement amène les spectateurs à s'informer, réfléchir et se forger une opinion personnelle, ça me va. Dans le cas contraire, on pourrait presque parler de film de propagande, en tout cas d'attrape-nigaud.
Là, rien.

Ce rien me fait penser au Cercle des poètes disparus (de Peter Weir, 1989, mais franchement, on s'en fout), de la philosophie-poudre aux yeux rejointe par le drame de l'adolescence et noyée dans les larmes qu'on nous somme de verser. Celui-là, je ne lui mets pas d'étoile, 'faudrait p't'être pas déconner !

Non, Carnets de voyage est un joli film qui ne donne pas assez, qui se contente de ce qu'il est au lieu de présenter une fenêtre didactique un peu plus fine que les deux p'tites scènes nous ramenant dans l'Histoire : oui oui, il s'agit bien de Che Guevara, un homme qui se donne les moyens (armés) de ses idéaux, qui, six ans plus tard, va mener la Révolution cubaine avec son pote Fidel Castro... C'est pas beaucoup six ans.
Là, on s'attend plus à c'qu'ils aient un accident de moto devant chez les Ingalls : pendant que Caroline leur fait des pancakes (c'est Monsieur Olson qui lui a filé la farine, mais chuuut, Henriette n'est pas au courant), que Charles répare l'engin pour en faire une Harley Davidson 1897 et que Laura et Marie font des galipettes dans la prairie, Ernesto et Alberto convertissent Nelly la peste à l'art d'aimer les autres.

C'est dommage parce que c'est très bien joué (même si un peu plat du fait du scénario).
Ici, je veux attirer ton attention sur Gael Garcia Bernal. C'est lui qui joue le Che !!!
Je mets des !!! parce que je savais pas avant de voir les premières images du film (et !, surtout quand on en met plein, ça veut dire "what a surprise" qu'on peut assortir de !!!).
Oui, je sais, pas la peine de me crier dans les oreilles, il est au premier plan sur l'affiche. Et l'affiche, c'est quoi ? C'est un dessin (un truc dans l'genre), donc ça ressemble, mais c'est pas. D'acc' ?

Tout ça pour dire que ce p'tit gars entre dans la catégories des mecs sexy, et chez moi, cette catégorie n'est pas très remplie. Le mec sexy peut vite basculer dans la catégorie pauv'type s'il est trop prétentieux, sans humour, drogué, volage, etc.
La mise à jour est assez régulière par de rapides coups d'oeil ici et .

Exemples :
  • Alain Delon dans L'Eclipse**** d'Antonioni (1962) et Le Guépard**** de Visconti (1963) est plutôt pas mal. Mais il a vite pris la grosse tête, et puis maintenant, il est bon qu'à jouer des rôles de vieux méchant libidineux ;
  • Jean-Paul Belmondo dans A bout de souffle*** et Pierrot le Fou**** de Godard (1959 et 1965) est carrément sexy. Ca l'fait moins avec deux chiens dans les bras ;
  • Robbie Williams n'est pas canon, mais il a un truc, et puis il dit que des conneries en interview, c'est un rigolo Willy. C'est p't'être aussi la coke (quoique j'ai entendu dire il y a d'ça quelques mois, qu'il voulait arrêter les conneries et trouver une femme qui l'aimerait pour ce qu'il est et pas pour son fric) ;
  • Hugh Grant était touchant dans Quatre mariages et un enterrement**(*) de Newel the unknown (1993) mais fallait pas tromper Liz Hurley avec une *pute* (pardon).

Je n'te cache pas que Gael, j'l'avais déjà repéré dans La mauvaise éducation**** d'Almodovar (2003), et ça faisait tout bizarre de trouver un homosexuel travesti aussi attirant, on est un peu obligé d'se limiter dans ses rêves...
Mais heureusement, il y a Glamour, plus précisément, le numéro de Février 2006 (#23 pour les archives), et sa double page. Je suis désappointée : toutes les filles l'ont repéré, dois-je en conclure que j'ai des goûts conventionnels ? Ouiiiiin-hin-hin !
L'interview n'est pas très confrontante, mais je retiens :
"Vous ne pouvez pas ignorer que vous plaisez autant aux filles qu'aux garçons...
- C'est vrai, j'aime les filles. Passionnément. Pourtant, dans les soirées, je n'arrête pas de me faire draguer par des mecs et je dois déployer des efforts surhumains pour faire comprendre aux filles que ce sont elles qui m'intéressent [...].
"

Potentiellement, je lui plais.
Mais depuis deux mois, toutes les filles savent qu'elles peuvent lui plaire.
Et même si Monsieur dit qu'il n'est pas doué avec les filles, d'après CanCan Mag', il a passé un p'tit bout d'temps avec Nathalie Portman, la fille la plus moche et la plus débile du monde, non ? Non.

Ok, je reviens sur terre, Gael Garcia Bernal est un bon acteur mexicain de 28 ans, avec beaucoup de sex-appeal. Autant dire qu'il est sur une pente glissante.

Gael, je te quitte.
Mais je t'attends quand même (je suis passée maître dans l'art d'attendre. Tu veux qu'j't'apprende ? Attends...).

En août 2006, AlloCiné nous apprend que sortira le nouveau film de Michel Gondry (oh la la), La Science des Rêves avec Gael Garcia Bernal comme favori du marchand de sable, entouré de Charlotte Gainsbourg et Emma Decaunes (à laquelle vais-je devoir m'identifier pour avoir des bisous ? - oui, je prévois qu'il y aura des bisous dans ce film). Et aussi Alain Chabat.
Bah voilà, j'ai peur d'être déçue maintenant.

Vite vite, on oublie, et on accueillera le film comme une sacrée surprise.
Oh, pis j's'rai pas là à sa sortie.
Bo, j'attendrai la sortie dvd, j'l'aurai un peu plus oublié.
Parfait.
I'm the Queen of the forget-it-all plan. Call me Imer, Elsa Imer.

(Je désespère de faire moins long)



Fourré dans "ciné, quoi, nonne !" et dans "trucs de fille"

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20 avril 2006

Sade & Vian, comment ça, déviants ?

Ici, c'est chez moi, mais c'est aussi portes ouvertes.
Comme chez moi, j'ai envie de mettre mes idées en p'tite culotte (pour le pervers aiguillé ici par Google, t'es content ?), mais comme ailleurs, je suis tentée de les emmitoufler dans une tenue qui n'attire pas trop l'oeil - du moins la méchante critique.

Aujourd'hui, j'me sens cap' d'être méjugée (et pas forcément mal jugée), et j'ose avouer un truc de dingue, un de mes rêves les plus fous : ce matin, j'me suis réveillée bien embêtée parce que j'arrivais pas du tout à organiser l'emploi du temps de Jean-Paul qui partait en Chine c't'aprèm'.
Jean-Paul Sartre.
Oui, j'étais Simone de Beauvoir.

C'est la première fois que je rêve que je suis elle, mais depuis longtemps déjà, elle est dans ma tête.
Je précise, j'suis pas militante féministe, je n'ai pas lu Le Deuxième sexe.
Non, c'est juste qu'il y a 5-6 ans, je suis tombée dans sa vie, j'ai lu par hasard ses Confessions d'une jeune fille rangée, et puis j'ai enchaîné avec La Force de l'âge, La Force des choses I et II et Tout compte fait.
En quelques mois, elle était devenue une bonne copine, elle m'avait présenté ses amis, elle m'avait raconté ses voyages, elle m'avait conseillé des livres, des films, des artistes, elle m'avait fait voir d'un oeil neuf les endroits vieux de quelques décennies où je trainais.

J'ai dû rêver d'elle parce qu'en y réfléchissant, les derniers livres que j'ai lus avaient elle comme point commun :
- J'irai cracher sur vos tombes*** de Boris Vian, qui a rencontré Sartre et Beauvoir juste après guerre, et dont Simone raconte les bons moments passés avec lui et sa première femme dans les boîtes de jazz de Saint-Germain-des-Prés
- une nouvelle du Mur de Sartre (1938), "L'enfance d'un chef"***
- et Le Soleil se lève aussi**** d'Hemingway, auteur et ami qu'elle appréciait énormément, et qui décrit ici très précisément la vie parisienne des années 20.

Et puis aussi, la semaine dernière, j'ai vu la bande-annonce d'un téléfilm sur le couple Sartre-Beauvoir - que je n'ai pas voulu regarder pour ne pas m'énerver devant l'inexactitude de l'adaptation. J'suis un p'tit peu bornée des fois...

Voilà. Normalement, à peu près "tout le monde" a déserté les lieux...
Je peux donc faire à ma guise un rapide passage en revue de ces trois bouquins.

Celui de Jipé, il m'a fait sourire, quel coquin celui-là, rololo non mais vas-y que j'me moque de la bourgeoisie, de la psychanalyse, des Surréalistes et de l'Action Française. J'ai eu l'impression qu'il se foutait un tout p'tit peu de la gueule de Proust, Gide, Breton, Drieu la Rochelle, etc.
Ca se lit vite, facilement, c'est bien.


Hemingway, je l'aime.
C'est ça l'avantage de ne m'intéresser qu'aux morts : je NE PEUX PAS être fan. J'échappe ainsi à Obispo, et je m'en félicite.
Je n'avais jamais lu un seul livre de lui jusqu'à la semaine dernière, même pas Le Vieil Homme et la Mer comme tout petit 6ème qui se respecte.
Il avait 27 ans quand il a écrit ce troisième roman (1926), et ça me scotche. Son héros comme lui aimait bien le whisky aussi.
Son style épuré, direct, n'en restitue pas moins avec finesse les caractères des personnages, qu'on pourrait trouver rustres, paumés, alcooliques si on les rencontrait, mais qu'il nous montre sous l'angle de la fraternité et de l'amour. Qu'un homme, un vrai, à cet âge-là, ait ça dans les tripes, ça me donnerait presque envie de croire que les mecs bien, ça existe, pour de vrai, même à la longue (mais on est en 2006).

Enfin, Boris Vian.
De lui, j'ai d'abord connu L'écume des jours, ouh la la, mais ça remonte à loin, en le relisant il y a 2-3 ans, j'me suis rendue compte que le première fois que je l'avais lu (en 5ème je crois), ben j'avais pas pigé grand chose, enfin je n'avais pas saisi la poésie simple et délicate de ses mots. Plus tard, j'ai découvert ses chansons, et il y a quelques années, j'ai été captivée par une émission entièrement consacrée au rôle qu'il a joué dans l'introduction du jazz en France.
Mais dernièrement, c'est de Boris Vian/Vernon Sullivan que j'ai fait la connaissance.
Et Vian, dans les dents.
Ok, ça s'appelle J'irai cracher sur vos tombes, c'est pas un titre d'enfant de coeur. Mais j'm'attendais pas à ça du tout. Bonne surprise, donc. De jeunes Américaines en mini jupe, de l'alcool, du sexe, de la violence et... de l'humour, tout c'que cherche TF1, en plus soft.
Et oui, à peine sorti, en 1947, aussitôt décrié, un succès, et la censure pour atteinte aux bonnes moeurs. L'affaire est portée en Justice, et on apprend que cet écrivain américain dont Vian dit être le traducteur - et quel traducteur : ça lui donnera l'occasion de traduire Chandler, Cheyney, Caine... - n'est autre que lui-même.
Les gros malins l'avaient deviné, 'y avait des pistes il paraît. Toujourzetil que le pastiche est réussi.

Par contre, si l'envie te prend de le lire, ne fais pas comme moi, évite de le laisser traîner. Une petite que je garde (12 ans, son premier soutien-gorge) a lu ce passage, avant que je réalise ce qu'elle était en train de faire :
    "Elle s’est allongée par terre ; je l’ai prise, là, tout de suite, mais sans me laisser aller jusqu’au bout. J’ai taché de me calmer, malgré ses sacrés mouvements de reins ; je suis arrivé à la faire jouir avant d’avoir rien eu moi-même."
    (p°198 chez Bourgois, 2003)
(il s'agit d'une madame dans le livre, pas de la petite de 12 ans, hein) Mais bon, elle aurait pu tomber sur ça :
    "Je répondis quelque chose d’idiot, et puis elle commença à vomir [...] J’étais gêné par l’odeur, mais je me penchai sur elle et je l’embrassai. Elle me serra violemment contre elle en me murmurant des choses sans suite. Je n’avais pas de veine, avec cette fille. Toujours malade, qu’elle ait trop bu ou trop baisé"
    (pp°164-165)

Sans rien dévoiler, je dois bien dire que certains passages m'ont émoustillée, et que j'avais l'impression que c'était mal.
Un peu comme quand je lis quelques passages de La philosophie dans le boudoir* de Sade. Sauf que lui, c'est plus un cours d'anatomie... mais quand même... t'as jamais regardé des mots pas jolis jolis dans le dictionnnaire, toi, quand tu te poilais ?
Et là, je me dis que j'ai bien fait de ne pas donner l'adresse de mon blog à mes parents :
    Eugénie : Ah ! ma chère. C'est délicieux, c'est une sensation impossible à peindre ; il me serait bien difficile de dire laquelle de vos deux langues me plonge mieux dans le délire
    Dolmancé : Par l'attitude où je me place, mon vit est très près de vos mains, madame, daignez le branler je vous prie, pendant que je suce ce cul divin [...].
    (p°40 chez Gallimard, en Folio 2€, 1998)

Tiens, t'es revenu ? Oh...

Pour finir, j'voulais te prévenir : il existe des versions édulcorées du bouquin de Vian, et c'est merdique. Je suis notamment tombée sur le J'irai cracher sur vos tombes de Françoise d'Eaubonne, "d'après les travaux cinématographiques de Boris Vian et Jacques Dopagne". Quand on sait que Vian est mort durant la projection de l'adaptation ciné qu'il désapprouvait, et que le "d'après" signifie "radicalement pas pareil du tout"... je dis "ouhhhhhh Françoise, bah, pas belle, va-t'en !"


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18 avril 2006

Singer

Premier come back, j’espère qu’il se passera aussi bien que celui d’Indra.

http://www.psp.it/images/psp_ape_academy.jpgBah ouais, quoi, être une célébrité inaperçue, c’est pas facile tous les jours, des fois, pour s’en sortir, on est même obligé de faire le guignol dans la jungle.
Si on gagne, ‘y a des chances qu’on nous offre l’opportunité de rejoindre le clan des anonymes en enregistrant un single “dur dur d’être inconnu”, à condition de pas finir ex-aequo : c’est facile d’être des cons nus.

Comme tu peux le constater, j'suis pas allée en cure de blague. Non, j'ai fait la tournée des vieux. Petit arrière-goût :
  • Germaine, 92 ans, aimerait bien divorcer de son mari, qui va sur ses 101 ans : “Jeudi, v’là t’y pas qu’il m’a encore fait une crise de démence sénile, j’lui avais planqué sa deuxième tablette de chocolat, ça l’a mis tout rouge, il a pris son couteau et se l’est planté dans la main.”.
    Quand j'suis partie, il m’a dit “Au revoir, coquine”.

  • Chez Madame Moine, 96 ans, j’ai pas pu. Non, cette fois-ci, j’ai pas pu boire le verre d’eau qu’elle me tendait, rempli depuis la carafe en verre, là, posée sur la table depuis 1917, jamais rincée, rayée marron des différents niveaux d’eau ayant croupi durant toutes ces années. “Je la lave jamais, l’eau, c’est propre, z’êtes pas d’accord ma p’tite Lucette ?” (je ne m’appelle pas Lucette)

  • Madame Hélène, elle, ça va pas mal. J’aime bien discuter avec elle, elle a toute sa tête, presque toutes ses oreilles, et surtout, elle rigole à mes blagues : “Alors vous avez 100 ans pile-poil au bras ?
    J’ai failli la tuer.


Dans la famille, ‘faut faire gaffe, on est dangereux.

http://users.telenet.be/Besthumorsite/PhotogalleryXV/images/strange%20ape.jpgCe matin, j’ai été réveillée par des coups de feu. C’était Bon-Pap qui dégommait les corneilles à la carabine.
Cet après-midi, il était plus calme, il a abattu deux peupliers. Moi j’dis, quitte à se servir de la tronçonneuse, autant qu’ce soit pour abattre un arbre.


<- C'est pas à un vieux singe qu'on apprend à faire la grimace, même s'il se met le doigt dans l'oeil


Mais si j’étais Bonne-Maman, au lieu de m’échiner du matin au soir à faire de bons petits platsla bouffe dégueulasse”, j’prendrais quelques vacances.
Hier, Bonne-Maman a fait une grosse connerie : comme Bon-Pap’ le lui avait demandé (pas de faire une grosse connerie), elle a lavé les bocaux vides de confiture Bonne-Maman, évidemment. Elle a enlevé les couvercles, et plongé le tout dans l’eau bouillante. Quand Bon Pap a vu ça, il a hurlé : “‘fallait pas les mélanger ! Maintenant, comment on saura lesquels ont un couvercle bleu et lesquels ont un couvercle rouge ?!
Mon grand-père n’est pas bête, mais des fois, il a 4 ans.

Comme Clara, ma cousine (qui va bientôt être traumatisée par la nouvelle campagne de la prévention routière, déjà parce qu’ils vont plus prévenir qu’ils préviennent les accidents, ça va passer à la pub, bim dans tes yeux, et aussi parce que le monsieur qui se fait faucher est le papa d’une petite Clara, à l’arrière).

http://i23.ebayimg.com/02/i/05/49/be/1d_1_b.JPGEnfin je sais pas si c’est Bon-Pap qui a 4 ans ou Clara qui en a 83.
Par exemple, dimanche, le téléphone sonne, Clara se précipite, écartant de son passage sa petite soeur d’un subtile coup de coude bien placé, et décroche :
    "Allô, c'est qui ?
    - Bonjour, c'est Martine Perq
    - quoi ?
    - Martine Perq
    - Tu peux répéter, je capte pas bien
    - Martine Perq, tu veux bien aller chercher ton grand-père ?
    - Oh bah si tu crois qu'il a que ça à faire !
    "
J’étais tellement surprise que j’ai pas pu l’empêcher de raccrocher... Martine, t’es pas vexée, dis ?

Mais Bon-Pap, en vrai je l’aime bien. Même si parfois, il arrive à m’énerver presque autant que la pub du 118 218. Et puis il le sait qu’il n’est pas toujours facile à vivre. D’ailleurs, samedi soir, il est allé à la veillée pascale, j’pense que c’était pour régler un p’tit problème de conscience. Ou alors pour montrer à tous les habitants des patelins alentours qu’il n’était pas mort comme Christophe l’avait entendu dire au tabac la semaine dernière. Moi, j’ai résisté à la tentation des Pères Verts (véridique), et j’ai bien fait : la messe a duré deux heures !

http://www.flummel.com/images/1949singer.jpgEt voilà, je suis rentrée, j’en avais pas envie, j’ai toujours le cafard quand je quitte un endroit, même si c’est pour aller vers quelque chose de tout aussi agréable.
J’ai failli rater mon train, comme d’habitude, mais Bonne-Maman elle aime bien être en retard : ça lui donne l’occasion de rouler à toute berzingue, “j’aurais voulu être pilote de course, c’est pour ça que ton grand-père n’a jamais voulu m’acheter une voiture puissante”.

J'espère qu'elle finira pas par vouloir en découdre... (it's a fantastic joke, isn't it ?)


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